C’est une « algue » (en réalité une cyanobactérie, comme la taxonomie l’a récemment rappelé) cultivée dans des bassins peu profonds, séchée en filaments verts et vendue comme complément alimentaire riche en protéines. La spiruline française s’est taillé une réputation de qualité artisanale. Pourtant, en août 2026, une question écrite à l’Assemblée nationale pointait un paradoxe : la réglementation serait « inadaptée » à cette culture, au point de menacer sa pérennité — et de compliquer son accès au label bio.
La spiruline, en deux mots
La spiruline (Limnospira, ex-Arthrospira) se cultive en bassins chauffés et agités, dans une eau alcaline enrichie en minéraux — un milieu si particulier qu’il limite naturellement les contaminations par d’autres micro-organismes. Récoltée par filtration, elle est pressée puis séchée — idéalement à basse température pour préserver ses pigments et vitamines. Côté nutrition, sa teneur en protéines peut atteindre environ 60 % de la matière sèche, avec du fer et de la phycocyanine, le pigment bleu qui fait sa renommée. Un profil qui explique son succès, à consommer toutefois en complément raisonnable, pas en aliment miracle.
La filière française : petite mais sérieuse
Près de 183 entreprises produisent de la spiruline en France, pour l’essentiel de petites fermes artisanales : bassins sous serre, séchage doux, vente en circuit court. L’étude publiée en août 2026 dans la revue Blue Biotechnology — une enquête menée auprès de 45 installations réparties dans 29 départements, soit environ la moitié des adhérents de la Fédération des spiruliniers de France — dresse un état des lieux précis des pratiques. Elle montre une filière étonnamment homogène : l’immense majorité des producteurs cultive en bassins raceway peu profonds (12 à 15 cm d’eau) sous serre, avec agitation douce ; la souche dominante est Limnospira platensis ; la biomasse est presque toujours extrudée en « spaghetti » avant un séchage à 40-42 °C. La plupart des fermes produisent entre 500 kg et une tonne de matière sèche par an, écoulée en vente directe. Les repères qualité se construisent autour de la traçabilité, des analyses (métaux lourds, microcystines — dont les niveaux mesurés en France restent dans les seuils réglementaires) et du séchage maîtrisé.
Le nœud réglementaire : peut-elle être « bio » ?
C’est le cœur de la question écrite n°8487, déposée en août 2026 par le député Romain Daubié. Au niveau européen, la spiruline est classée comme une production aquacole, sans distinction selon le degré d’ouverture des bassins vers le milieu naturel. Sa production biologique relève donc du cahier des charges de l’aquaculture biologique du règlement (UE) 2018/848, dont l’annexe II n’autorise pour les algues que des intrants d’origine végétale. Or la spiruline est une cyanobactérie d’eau douce, cultivée en système fermé à terre, dont les besoins nutritionnels ne se satisfont pas facilement de cette restriction.
La suite de la réponse ministérielle vaut le détour : pour soutenir la filière, la France a transmis en octobre 2025 une note des autorités françaises à la Commission européenne, dans le cadre de la révision ciblée du règlement 2018/848, demandant d’élargir les intrants azotés autorisés aux sources d’origine animale déjà permises en agriculture biologique. La proposition n’a pas été soutenue par d’autres États membres et n’a pas été retenue à ce stade — mais une expression collective de plusieurs pays pourrait rouvrir l’examen. Autrement dit : la porte n’est pas fermée, mais la partie se joue à Bruxelles, et le gouvernement dit poursuivre ses échanges.
Conseils au consommateur
- Origine et traçabilité : privilégier une production identifiée, idéalement française ou européenne, avec le nom du producteur.
- Séchage basse température : un gage de préservation nutritionnelle, souvent revendiqué et vérifiable auprès du producteur.
- Analyses : les producteurs sérieux publient des contrôles (métaux lourds, microcystines).
- Doses raisonnables : la spiruline complète une alimentation variée ; méfiance envers les promesses de guérison.
Le label AB, lui, ne doit pas être le seul réflexe : beaucoup d’excellentes fermes françaises travaillent proprement sans être certifiées, précisément à cause du blocage réglementaire décrit plus haut. Poser la question du séchage et des analyses au producteur en dit souvent plus long qu’un logo.
Pour replacer ce produit dans le paysage des compléments, voyez notre article sur le marché des compléments alimentaires.
Sources
- Assemblée nationale, question écrite n°8487 sur la pérennité de la culture de la spiruline et l’inadaptation de la réglementation, août 2026
- Blue Biotechnology, « Limnospira spp. production practices in France », août 2026
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